À propos d’Ann Hansen et de Juliet Belmas, sur la violence révolutionnaire, sur Direct Action et sur les Wimmin’s Fire Brigade ainsi que sur la lutte contre le patriarcat en général

Tiré de la brochure This is not a love story : Armed Struggles against the Institutions of Patriarchy (Ceci n’est pas une histoire d’amour : luttes armées contre les institutions du patriarcat)

 Note du traducteur : la brochure This is not a love story : Armed Struggles against theInstitutions of Patriarchy raconte entre autres l’histoire des femmes des Revolutionnary Cells (cellules révolutionnaires) et des Rote Zora, mais nous avons maintenant des documents plus à jour sur ces mouvements de la résistance armée en Allemagne de l’Ouest (en français, voir entre autres http://lamitrailleuse.files.wordpress.com/2011/08/rotezora-2.pdf). J’ai donc retenu surtout dans cette traduction les propos d’introduction ainsi que le texte de la fin intitulé I Have Not Signed A Treaty With Any Government: A Brief Look At “Direct Action” and “The Wimmin’s Fire Brigade” (Je n’ai jamais signé de traité avec aucun gouvernement : un bref regard sur « Direct Action » et les « Wimmin’s Fire Brigade »). Ces textes portent directement sur le point de vue d’Ann Hansen et de Juliet Belmas sur la violence révolutionnaire, sur leur participation aux groupes Direct Action et Wimmin’s Fire Brigade, sur leur condamnation et sur la lutte contre le patriarcat en général.

Plusieurs théoricien-ne-s et activistes condamnent la « violence » – qu’elle soit offensive ou défensive, physique ou verbale – en prétendant que la « violence » (un terme ambigu) prend racine dans la culture patriarcale, dans son état d’esprit et qu’elle est en quelque sorte l’«invention » de l’homme – comme si la violence n’apparaissait pas partout dans le monde naturel dans une myriade de formes, contribuant généralement de manière significative à l’équilibre des écosystèmes. Alors que des penseuses féministes ont construit une analyse de la violence et des relations de pouvoir hiérarchiques qu’il vaut la peine de considérer, la propagande de masse condamnant la violence révolutionnaire qui a pour but de détruire ce qui nous opprime est une simplifications grossière d’une situation extrêmement complexe : le réseau de la tyrannie patriarcale est ce dans quoi nous, femmes et hommes, reconnaissons être né-e-s,où la violence est utilisée par nos oppresseurs pour renforcir notre soumission politique ainsi que sociale et où nous cherchons toutes et tous désespérément des façons de nous réapproprier nos vies. Analyser le rôle des mouvements de résistance armés (et la participation des femmes dans ceux-ci) dans une plus large lutte de libération contre le patriarcat et la civilisation dans une perspective entièrement «essentialiste » – comme le fait Robin Morgan dans son œuvre souvent citée The Demon Lover – est une forme méconduite et décevante de révisionnisme historique qui nie complètement l’importance de la vie de femmes telles qu’Harriett Tubman, qui a dirigé les raids d’une guérilla armée dans le sud des États-Unis (littéralement un camp armé de propriétaires d’esclaves) pour sauver les New Afrikans de la captivité et qui nie les accomplissements de nombreuses femmes comme Assata Shakur, Marilyn Buck et Bernardine Dhorn, qui ont toutes adopté dans l’enthousiasme la lutte armée comme une tactique et qui n’ont vraiment aucun regret de l’avoir fait.

« Pas une personne qui comprend le mouvement féministe, ou qui connaît l’âme d’une vraie femme, ne ferait l’erreur de supposer que la femme moderne se bat parce qu’elle veut devenir un homme. Cette idée est une invention de l’esprit masculin. La femme se bat aujourd’hui, comme elle l’a fait à travers les âges, pour la liberté d’être une femme ». — Anne B. Hamman

Je n’ai jamais signé de traité avec aucun gouvernement : un bref regard sur «Direct Action » et les « Wimmin’s Fire Brigade »

En 1982, 5 activistes anti-autoritaires canadien-ne-s, connu-e-s sous des noms variés tels que Direct Action, Wimmin’s Fire Brigade et Vancouver Five, ont conduit une série d’actions de guérilla très visibles contre la civilisation patriarcale et industrielle. Alors que les 5 anarchistes – deux femmes et trois hommes – que comprenaient ces cellules étaient arrêté-e-s par l’État canadien en 1983, ils et elles étaient accusés d’avoir organisé des attaques clandestines contre les industries qui sont parmi les plus grandes criminelles, les plus grandes pollueuses environnementales et les plus grandes exploiteuses de femmes et d’enfants.

Les accusations les plus sérieuses que ces anarchistes aient eu à faire face quand elles et ils ont été arrêté-e-es étaient elles reliées aux attaques à la bombe, toutes organisées en soutien à des campagnes massives de protestations publiques: une contre les installations de Litton Systems près de Toronto, où des missiles de croisière étaient fabriqués; une autre contre le projet hydro-électrique Cheekye-Dunsmuir en Colombie-Britannique sur l’Île de Vancouver; et aussi une campagne de mise à feu contre les Red Hot Video de Vancouver, où étaient vendues des cassettes vidéos glorifiant le viol et autres formes de brutalité contre les femmes et les enfants. Red Hot est une chaîne américaine qui s’est construit tout un inventaire de films porno hardcore. De plus, les 5 ont été accusé-e-s de conspiration pour commettre un braquage contre une voiture blindée de la Brinks pour financer la lutte (le braquage n’a jamais eu lieu) ainsi que pour une série d’attaques armées.

Chacune de ces actions a eu des résultats tangibles qui ont aidé les campagnes publiques qu’elles avaient pour but supporter : dans le cas de Litton Systems of Canada, il y avait déjà une lutte de masse sous forme de sit-ins ainsi qu’autres actions de désobéissance civile avant que l’usine à Toronto soit partiellement détruite par l’attaque à la bombe de 1982. Ces manifestations ont escaladé après l’attaque à la bombe, ce qui a résulté chez Litton par la perte du contrat de production de systèmes téléguidés pour une version plus avancée de missiles de croisière développés par l’OTAN et l’armée américaine.

Mais les actions que nous voulons surtout analyser – dans le contexte de cet article – sont les actions réalisées par Ann Hansen et Juliet Belmas, deux membres de Direct Action qui ont formé les Wimmin’s Fire Brigade et qui ont mis en feu trois magasins Red Hot Video à Vancouver. Ces actions valent la peine que nous les analysions pour nous rappeler que la destruction physique du patriarcat est aussi importante que la destruction du patriarcat dans nos cerveaux. Des groupes de Wimmin’s avaient lutté pendant 6 mois contre la chaîne Red Hot avant que les Wimmin’s Fire Brigade ouvre le chemin de la victoire par leurs attaques incendiaires : en quelques semaines, des groupes de femmes de toutes sortes ont fait des déclarations de compréhension et d’appui aux actions, des dizaines de manifestations ont eu lieu à travers la province et 6 magasins porno ont fermé, déménagé ou ont retiré du marché la plupart de leur marchandise dans la peur d’être la « prochaine cible ».

Les actions des Wimmin’s Fire Brigade ont été réussies parce qu’elles s’intégraient très bien dans ces campagnes publiques et y étaient complémentaires. Comme l’a dit le magazine B.C. Blackout : « l’action des Wimmin’s Fire Brigade ne pouvait avoir l’impact qu’elle a eu qu’en raison des mois de travail de plusieurs groupes et individu-e-s s’éduquant eux-mêmes, faisant de la recherche, constituant des réseaux de contacts, mettant de la pression sur le gouvernement, documentant leur cas – en bref, construisant l’infrastructure pour un mouvement populaire effectif». Puisque que Vancouver avait déjà une campagne militante bien organisée d’opposition à la marchandisation de la violence contre les femmes, le soutien était là pour l’attaque des WFB.

Le soutien était aussi là quand Ann Hansen et Juliet Belmas sont comparues en cour l’année d’après. Tous les jours, des centaines de supportrices et supporteurs se rassemblaient à la cour et portaient des bannières avec des messages comme « Ann Hansen est une combattante de la liberté ; pas une terroriste !». Dans sa déclaration finale en cour, juste avant de connaître sa condamnation, Ann Hansen concluait avec ce commentaire : « les compagnies comme Litton, BC Hydro et Red Hot Video sont de vraies terroristes. Elles sont coupables de crimes contre l’humanité et la terre, mais elles peuvent continuer à réaliser leurs activités illégales alors que ceux/celles qui résistent et ceux/celles qui sont leurs victimes demeurent en prison. Comment nous, celles et ceux qui n’ont pas d’armées, d’armes, de pouvoir et d’argent, allons arrêter ces criminels avant qu’ils aient détruit la terre ? Je pense que s’il y a un espoir dans le futur, il repose dans nos luttes ». Comme on s’y attendait, Ann a reçu une sentence à vie (elle est maintenant dehors, mais sera en probation pour le reste de sa vie) et Juliet a reçu une sentence de 20 ans (elle est sortie au bout de 6 ans).

Après avoir reçu sa sentence, Ann a eu une occasion de plus de s’exprimer en prenant la tomate qu’elle avait subtilement amenée en cour et en la lançant en direction du juge. Elle a éclaté sur le rideau au-dessus de la tête du juge et il a foutu le camp de la salle de cour avant d’avoir à revenir témoigner des troubles qui pourraient éventuellement perturber le décorum. En mai 1983, le journal anarchiste de longue date Kick it Over a publié une déclaration d’Ann Hansen et de Juliet Belmas écrite de leurs cellules de prison. Nous aimerions conclure cet article avec un passage de cette déclaration de prison intitulée « Nous ne sommes pas des terroristes »…

« Nous identifiant en tant que femmes, politiquement conscientes, environnementalistes et déterminées à confronter le pouvoir et les intérêts de profit de la société patriarcale qui assurent la continuité du viol et de la mutilation de la Terre Mère, nous refusons d’être qualifiées de terroristes. Nous savons que nous avons beaucoup de sœurs qui partagent notre analyse radicale sur les questions qui entourent nos accusations. Pour des centaines d’années, les autorités ont réagi violemment contre les femmes qui résistent : ils ont utilisé l’expression de « sorcières » et nous ont brûlées, maintenant ils nous qualifient de « terroristes » et essaieront de nous enterrer dans leurs tombeaux de ciment.

L’État et ses médias essaient de nous présenter en tant que jusqu’au-boutistes, qu’éléments d’une « frange démente » pour que le peuple ait peur de nous, pour ne pas qu’il se lie à nos esprits de rébellion. Nous ne devons pas accorder la possibilité au libéralisme de cette société de cacher la démence de nos gouvernants et de nos violeurs derrière leurs institutions, leurs lois et leurs mensonges. Nous sommes constamment menacé-e-s par leur violence, que ce soit à travers les centrales nucléaires, les armes nucléaires, l’industrialisme, les prisons ou le terrorisme sexuel. Nous ferons face à ces horreurs sanguinaires et confronterons leurs intérêts corporatistes avec la détermination et la force de femmes guerrières. Nous verrons un mouvement de résistance se construire dans le but d’enrayer de cette terre la destruction corporatiste pour que les futures générations puissent survivre.

Ce n’est pas possible dans cette société d’être une femme «libérée» sans être dans un état constant de conflit et de lutte. Néanmoins, si notre conflit et notre lutte ne sont pas guidés par une conscience de la magnitude du problème, nos énergies seront mal dirigées et futiles. Le mouvement des femmes ne peut pas être la lutte d’une seule cause, mais doit comprendre et embrasser le mouvement écologiste, la résistance des peuples indigènes et les mouvements anti-impérialistes de libération parce que les institutions patriarcales qui perpétuent notre oppression oppriment aussi les animaux, les peuples indigènes, les peuples du tiers monde et la Terre.

Dans une force et une résistance totales

Traversant continuellement la communauté des sœurs

Ann Hansen

Juliet Belmas»

Encore une fois, cet article n’est pas aussi complet qu’il pourrait l’être : l’histoire des femmes est pleine d’exemples de femmes fortes et défiantes qui ont utilisé la violence révolutionnaire dans leur propre lutte pour la libération. Le nier et essayer de discréditer cette violence révolutionnaire en la qualifiant de « masculine » et/ou de « macho », c’est vraiment de la merde et c’est une insulte aux femmes de partout. Nous ne pouvons mettre un terme à l’oppression politique qu’à travers la résistance et, plus souvent qu’autrement, cette résistance prendra des formes « violentes ». Toute vraie combattante/tout vrai combattant de la liberté le reconnaît à un certain niveau et arrête de perdre son temps dans des débats philosophiques et canalise plutôt ses énergies dans la destruction de ce qui nous opprime toutes et tous.

Notes :

Originalement publié dans “Disorderly Conduct” numéro 5.

Pour plus d’informations concernant les politiques révolutionnaires de Direct Action

et des Wimmin’s Fire Brigade, nous vous suggérons de lire la brochure

Writings of the Vancouver Five” (.You can read the Writings of the Vancouver Five at http://www.anti-politics.net/distro/2009/vancouver5-read.pdf

and get the booklet copy at http://www.anti-politics.net/distro/2009/vancouver5-read.pdf

Ann Hansen a publié aussi

le livre appelé “Direct Action: Memoirs of an Urban Guerrilla

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